Étape 7 : de Meekonjärvi à Kuonjarjoki

Le 04/05/2025

Promenade matinale

Plus j'avance, plus je me réveille tôt le matin. Les conditions sont correctes. Le soleil ne s'est pas encore levé, mais cela donne de jolies couleurs, avec un ciel rosé. Je me promène dans les alentours, le temps de finir d'émerger de mon sommeil.

Tiens, il y a quelqu'un qui est venu me rendre visite pendant la nuit !

Pas d'inquiétude, je sais de qui il s'agit, je ne risquais rien.

Je vois quelques lagopèdes des saules s'envoler au loin. Bon ... je ne vais pas me lancer dans leur poursuite maintenant, sinon je me connais, je ne vais jamais repartir.

Ah tiens ! Tu es là toi ! Mon visiteur nocturne...

Allez hop ! Petit déjeuner, et en route ! J'envisage de faire à nouveau une double étape, jusqu'à Saarijärvi, alors il ne faut pas trop trainer non plus. Surtout qu'une bonne petite couche de neige bien fine est tombée pendant la nuit. Ça ne va pas m'aider à avancer.

Vers Saarijärvi

Me voilà sur les skis avec la pulka toute empaquetée à 8h20. Au revoir la cabane de Meekonjärvi ! Cette fois-ci, je ne repasserai plus.

Je me lance dans la montée de la mort. Elle ne va pas être marrante celle-là. Je pense qu'elle est moins longue, mais bien plus raide, que celle faite il y a quelques jours, avant Pitsusjärvi. Surtout avec la couche de neige toute fraiche. Il faut ajouter à ça un bon vent de face et une visibilité réduite, car la météo a déjà bien tourné depuis ma petite promenade matinale. Heureusement que je m'y attaque en étant frais.

Un peu plus haut, je vois la tente des deux finlandais avec leurs chiens. Je me doutais qu'ils seraient par là. Je les avais vu passer hier soir. Ils ne m'avaient à nouveau pas décroché un mot ou un regard.

Les conditions sont rudes, mais ça a quelque chose de joli.

J'en viens même à me demander s'il n'y aurait pas matière à étoffer un peu ma série photo "Jour Blanc".

Je croise un petit convoi de motoneiges. Merci pour la trace les gars ! Ça m'aide un peu.

Punaise ! Que c'est dur ! J'arrive tout de même à me sortir de cette montée infernale, non sans mal. Le vent forcit à nouveau. Je ne suis pas étonné. C'était exactement pareil à l'aller à cet endroit là. C'est sûrement dû au relief. Mes vêtements ne suffisent pas. Je suis parti trop léger. Il faut que je rajoute des couches en-dessous. Surtout, ne rien lâcher pendant que j'enlève et que j'enfile, parce que là vu comme ça souffle, si ça part, c'est perdu ! Le vent injecte le froid directement à travers les fibres du peu de vêtements que j'ai. Je suis gelé en un rien de temps. Mes mains commencent à s'engourdir, il faut que je me dépêche ! Allez ! On va mettre les gants épais, et ce sera bon ! J'avance en faisant un puissant balancier avec mes bras, pour que la force centrifuge aide le sang chaud à revenir au bout des doigts. Voilà ! Ça va mieux !

Le soleil ne sait pas trop quoi faire. Il hésite entre se montrer et rester dans le brouillard.

J'ai donc une alternance entre voile blanc et ciel bleu.

La matinée avance, contrairement à moi. Je pensais que ça irait vite ce matin, mais en fait j'en bave ! C'est pour ça que c'était rapide à l'aller : c'était en légère descente en fait. Donc là dans ce sens là, je monte, avec la neige fraîche en bonus. La montée de la mort m'a coupé les jambes.

Bon, il faut se rendre à l'évidence : ça va être dur de rejoindre Saarijärvi aujourd'hui. J'ai encore plein de jours devant moi, ça ne sert à rien de se mettre dans le rouge. Je revois mes ambitions à la baisse. Je m'arrêterai à Kuonjarjoki et ça ira bien.

Vers Kuonjarjoki

Mes vêtements sont gelés. Ma barbe a fusionné avec mon tour de cou et mon coupe-vent.

Je fais plein de petites pauses pour reprendre mon souffle. Les deux finlandais et leurs chiens finissent par me doubler. Et ... miracle ... ils parlent ! Le gars me demande comment ça va. Je lui réponds que je suis juste fatigué et que ça va aller. La cabane n'est plus si loin que ça, en ligne droite. Ils repartent. J'avance encore un peu, avant de m'arrêter à nouveau pour faire une petite pause snack.

Je me mets dos au vent pour manger ma barre de céréales, tout en scannant le paysage.

Nan mais attends ! Le rocher il a bougé là ! Non mec, tu hallucines encore ... Non non ! Ça bouge pour de vrai cette fois-ci ! Put*in trop bien ! Des lagopèdes ! Un couple d'alpins en plein milieu de la neige balayée par le vent. Génial ! C'est exactement ce que j'espérais !

Tout en avalant ma dernière bouchée, je me précipite sur ma pulka pour en extraire mon ancien appareil photo avec le téléobjectif. J'ai tellement bien fait de le prendre mon vieux boitier ... Comme ça j'en ai un monté en paysage et l'autre en animalier. Je n'aurais jamais pu changer d'objectif avec tout ce vent et ces projections de neige.

Allez ! Zen ! Mais dépêche toi quand même ! Fais ce que tu as à faire mec ! Tu es venu là pour ça ! Rapide, mais pas de précipitation. Je commence mon approche.

B*rdel ! Je ne vois rien de ce que je fais. L'écran LCD de mon bon vieux D750 a gelé à cause de mon souffle. Impossible de regarder les photos que je viens de prendre. Il n'y a plus qu'à espérer que mes réglages soient bons. C'est là que je me rends compte que je me suis déjà bien habitué à mon nouveau Z6III, car lui me permet de voir les photos prises directement dans le viseur. Bref ! Revenons à nos moutons. Ou plutôt à nos lagos !

Je les croyais en lutte contre le froid et le vent, mais en fait, je me rends compte qu'ils vivent tranquillement leur vie. Ils piccorent je ne sais quoi, probablement les rares herbes qui dépassent. Je lutte plus qu'eux.

Ils semblent plutôt coopératifs. En tout cas, pour le moment, ils ne sont pas inquiétés par ma présence. Je glisse doucement sur mes skis, le plus au ras du sol possible, pour m'approcher d'eux.

Non, rien à faire, l'écran est complètement givré et je ne fais qu'en rajouter en soufflant dessus quand je vise. Il fait tellement froid que mes sourcils et mes cils collent à l'œilleton de mon viseur. J'avance encore un peu. Je "tire" en rafale pour pouvoir espérer en avoir au moins quelques unes de réussies. Je l'aime bien mon vieux D750, mais il faut bien admettre qu'il a beaucoup moins d'assistances que le Z6 pour la photo animalière. Ici, pas de détection et de verrouillage du focus sur l'œil de l'animal. C'est à l'ancienne et en plus à l'aveugle.

Je m'approche encore.

Même s'ils paraissent à l'aise dans ces conditions, ils vont tout de même s'abriter un peu de temps en temps en se tassant derrière les rochers.

Le froid et le vent ne m'épargnent pas, mais le fait d'être focalisé sur autre chose me permet de les oublier quelques instants.

Bon, je pense que je n'aurai pas mieux désormais. Si j'avance plus, je risque de leur faire peur. Les faire s'envoler leur ferait sûrement perdre beaucoup de chaleur et d'énergie dans ces conditions, et je veux l'éviter. Je fais donc demi-tour en direction de la piste. Ils s'envolent et prennent la fuite. Et m*rde ! Désolé... J'ai pourtant essayé de faire attention...

Je reprends mes esprits en arrivant à ma pulka. Wow ! Quelle chance quand même de m'être arrêté ici pour faire ma pause. J'en ai bavé ce matin, mais je suis trop content. Cette petite session photo, c'est exactement ce pour quoi je suis là. J'ai réussi ma journée !

Je reprends la route, en me sentant beaucoup plus léger. Je vais probablement pouvoir compléter et apporter de la variété à ma série "Jour Blanc" et ça c'est vraiment bien !

Ça souffle toujours autant.

Cette jolie rencontre m'a redonné de l'énergie et j'avance plutôt bien.

Le ciel se dégage un peu plus et je vois enfin les reliefs qui entourent Kuonjarjoki. D'ailleurs, j'aperçois une silhouette humaine au sommet de la montagne qui surplombe la cabane. Je ne serai donc probablement pas seul.

Retour à Kuonjarjoki

C'était laborieux, mais me voilà enfin arrivé à la cabane. Je ne suis effectivement pas seul. Je ne reconnais pas les pulkas dehors. Je n'ai donc pas encore dû croiser ces gens. J'entre : personne. Ok, ils sont dans la partie réservable.

Je fais un petit débriefing à chaud en vidéo. Tellement à chaud, que je ne me suis même pas rendu compte que j'avais un gros glaviot qui pendouillait de mon nez. Désolé... 😬

J'ai du mal à retirer mon tour de cou. Il a réellement fusionné avec ma barbe à cause d'un glaçon.

Je me démarre un feu, puis prends mon repas. Je vais rendre visite à mes voisins car il me manque la grosse louche qui me permet de transvaser l'eau pour la cuisine et surtout de la récupérer dans la rivière. Elle était là à l'aller, alors elle est sûrement partie de leur côté. Je toque, on m'ouvre, j'explique le souci. Le gars part chercher un truc, puis revient avec une espèce de bol et me claque limite la porte au nez. Ok. Sympa. Ambiance. Bon, c'est pas la louche, mais ça ira. Je ne vais pas insister vu le niveau de sympathie affichée. Vu la tête et la froideur du gars, je pencherais bien pour un local. Oui, je sais, les stéréotypes, c'est mal, gniagniagnia.

Ils n'ont pas creusé le trou pour aller récupérer de l'eau. Je vais m'y coller, ça va m'occuper. Ils doivent faire fondre de la neige je pense. J'en croise un des deux dehors. Pas un mot, pas un regard.

Le reste de la journée passe très rapidement. Je lis, je recharge mes batteries, j'entretiens mon feu, je soigne les quelques bobos. Je prends mon repas du soir un peu plus tôt que d'habitude.

Avant d'aller me coucher, je sors faire un petit tour. Il y a de légères aurores. Trop légères pour me faire trouver la motivation à aller chercher mon appareil photo. Mes chers voisins sont là. Un des deux a l'air un peu plus sociable que l'autre et commence à me parler.

Ce sont bien des finlandais. Ils viennent de Rovaniemi. Ils ont été déposés au Halti en motoneiges et sont sur le chemin du retour à Kilpi. Ok ... pas le même délire quoi. Bon, ça explique pourquoi je ne les ai pas croisés avant.

Allez ! Salut les gars, moi je file me coucher !

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faut pas croire ce que disent les journaux