Étape 4 : de Meekonjärvi à Pitsusjärvi
Tombé du lit
Ce matin, je me réveille plus tôt que d'habitude. Ça ronfle encore à côté, mais mes nouvelles boules quies ont fait des miracles et je n'ai rien entendu pendant la nuit. Je vais faire mon traditionnel petit tour à l'extérieur, le temps que ça se réveille là-dedans.
Le soleil passe tout juste sur l'horizon.
Pour le moment, c'est beaucoup plus calme que la veille. Elle est mignonne quand même cette petite cabane posée au milieu de nul part.
Je prends mon petit déjeuner, je fais le stock d'eau chaude et je remballe tout. On se dit au revoir avec les polonaises. Elles ne prennent pas la même route que moi. Elles vont vers Porojärvi, l'endroit que le gars en motoneige m'a conseillé la veille. Je verrai au retour.
Me voilà reparti !
De la vie !
À peine la cabane quittée, après une ou deux centaines de mètres parcourues, je tombe enfin sur de la vie ! Il m'aura fallu attendre le quatrième jour pour rencontrer de la faune. Un renne ! Je me jette sur la pulka pour en extraire mon bon vieil appareil photo équipé de mon gros téléobjectif.
Bon ... malheureusement, il n'est pas photogénique. Il est tout amoché et a des marques d'élevage de partout. Pour les photos artistiques, on repassera. Ça me fait quand même la main.
Il vient essayer de grignoter le peu de lichen qu'il trouve sur les rochers.
Il finit par prendre la poudre d'escampette.
La course
Dans mon dos, je vois le groupe de trois jeunes finlandais qui part de la cabane. Je me remets en route.
J'avance bien. J'ai un bon rythme. Je ne cherche pas à faire la course, mais je les tiens bien à distance. Je suis plutôt fier de moi. Seul avec ma grosse pulka, d'habitude j'ai plutôt tendance à me traîner. Je fais attention tout de même à ne pas me crâmer car je sais par mes discussions avec les autres qu'à la fin de l'étape, ça monte beaucoup.
Il fait plutôt beau. J'envisage de pousser éventuellement jusqu'à la cabane d'Halti, plutôt que de m'arrêter à Pistusjärvi.
Au loin, j'aperçois des chalets. Déjà la cabane ? Wow ! J'ai tracé tant que ça ? C'était ça la grande montée ? Si j'en suis déjà là, je peux carrément pousser jusqu'au pied du Halti !
Quelque chose cloche. Je regarde mon GPS. Ma trace part complètement sur la droite et va beaucoup plus loin. Ce n'est pas Pistusjärvi, mais une autre cabane. Inconnue au bataillon. Je ne l'ai ni sur mon GPS, ni sur ma carte papier. Il me semblait bien que c'était suspect.
Je ne vais pas jusqu'aux chalets. Ma trace les évite. Je fais une petite pause casse croûte juste un tout petit peu plus loin.
Je vois les trois gars arriver et se diriger vers cette cabane inconnue, puis le couple de finlandais quelques minutes après.
Ascension
Je me remets en marche. Il y a beaucoup de vent ... pour changer ... Je perds rapidement ma chaleur. Ah ! Elle est là cette fameuse montée. Ah ouais ! Ça ne fait pas semblant ! Ça monte bien, mais c'est long. Terminé la course en tête ! Je me fais bouffer par les trois jeunes.
J'en arrive enfin à bout après plusieurs dizaines de minutes et y avoir laissé beaucoup d'énergie.
Au loin, j'aperçois la cabane, la vraie cette fois-ci, Pistusjärvi, de l'autre côté du lac gelé. J'en ai pour encore une heure je dirais. Je vois aussi d'autres constructions sur les reliefs alentours. Ce sont des campements pour les éleveurs de rennes en été.
Bon, voyons les choses en face. Cette montée m'a achevé. Je ne pense pas que j'aurai l'énergie de poursuivre jusqu'à la cabane du Halti aujourd'hui. Surtout que ça monte encore après. Je décide alors de prendre mon temps, faire quelques photos et surtout faire voler un peu le drone malgré le vent.
Le couple de finlandais arrive au loin.
Pistusjärvi
J'arrive à la cabane. Les trois gars finlandais se sont à nouveau installés à l'extérieur avec leur tente. Je retrouve les deux allemands croisés dans le bus. Ils reviennent du sommet du Halti.
Je prends mon repas puis ressors pour tenter de trouver le point d'eau. Il y a un piquet au milieu du lac, je creuse autour, mais rien. Étrange. Tant pis, on fera fondre de la neige. Le couple de finlandais décide de repartir et d'aller jusqu'à la cabane du Halti.
Je m'amuse à observer les motifs faits par le gel sur la vitre.
Deux personnes arrivent à la cabane. Ce sont les deux frères finlandais croisés la veille à Meekonjärvi. Les fusées. Ils avaient laissé leurs pulkas ici et se sont fait l'aller retour au sommet du Halti aujourd'hui. Ils envisagent de pousser jusqu'à la cabane suivante, donc de là où je viens, mais se ravisent en voyant l'heure. Ils m'indiquent où est le point d'eau. Je vais faire le plein. Ce sera mieux que de faire fondre de la neige.
L'heure tourne, mais il est encore tôt. Je décide de partir me promener dans les environs. J'embarque mon téléobjectif, au cas où.
Je cherche à prendre de la hauteur, pour changer de vue. Étonnamment, le vent se calme en montant. Punaise ! Ça fait du bien d'être dehors sans avoir la sensation de se faire fouetter et sans avoir ce ronflemment constant dans les oreilles !
Je prends la direction d'un des villages d'éleveurs de rennes.
Juste avant d'arriver aux premiers chalets, je me fais surprendre par deux boules blanches qui apparaissent sous mon nez. Des lagopèdes alpins ! Ahhhhh ! Enfin ! Mes chouchous ! Il y en a donc bel et bien dans le coin !
Malheureusement, nous nous sommes surpris mutuellement et ils ne m'ont donc pas trop laissé l'occasion de leur tirer le portrait. Mais je suis tout de même content d'en avoir vu. J'adore ces oiseaux. Ils sont le sujet d'une de mes photos préférées de ma série "Jour blanc". Cette fois-ci, je n'aurai donc qu'une photo "preuve" d'eux.
Je fais un petit tour dans le campement désert, puis me remets en route pour la cabane.
Sauna finlandais
Houla ! Ça grouille là-dedans !
Tous les finlandais ont décidé de prendre leur repas en même temps. Les trois jeunes plus les deux sportifs. Ça fait du monde autour de la toute petite table. Avec les allemands, nous attendons patiemment notre tour. J'en profite pour apporter de nouveaux soins à mes ampoules. De nouvelles, toutes petites, sont apparues autour des sparadraps qui protègent les autres. Génial ! Sans surprise, celle soignée la veille à l'éosine évolue plutôt très bien. En revanche, c'est toujours compliqué pour la première, l'écorchée. Je tente à nouveau une réparation. On verra si ça tient cette fois-ci.
Allez ! À notre tour de nous mettre à table. Les allemands s'amusent à me parler de "french cuisine" chaque fois que je sors quelque chose de mon sac. J'aurais pu sortir une fondue ou une tartiflette lyophilisée, mais non, ce soir, ce sera chili con carne. Et ... nope les gars ! Désolé, le Bordeaux en poudre n'existe pas ! Là c'est plutôt cachet effervescent pour transformer une gourde d'eau en boisson de récupération et d'hydratation.
Ils discutent du poids de leur pulka avec les deux sportifs. Ils parlent d'une vingtaine de kilos. Je me fais tout petit. J'ai honte du poids de la mienne. Je pense qu'elle fait au moins le triple. Ça me perturbe. Comment je me débrouille pour que la mienne soit aussi lourde bon sang ?
Après réflexion, je me dis que comme je pars tout seul, il y a certains équipements que je ne peux pas diviser en deux. La tente, le réchaud et son carburant... Ensuite, je suis obligé de prendre certaines choses en plus pour ma sécurité. Le sac d'urgence en cas ce chute dans de l'eau par exemple. Eux partent pour une semaine, voire moins, moi pour douze jours. Forcément, ça fait de la nourriture en plus. On ajoute à ça une bonne dizaine, voir quinzaine de kilos de matériel photo. Ouaip ! Voilà pourquoi elle est si lourde ma Gertrude !
Avant d'aller se coucher, les finlandais ont fait ce que tous les nordiques font dès qu'ils peuvent chauffer quelque chose : ils ont surchauffé. Ils ont bourré le poêle à bois et transformé la cabane en sauna. C'est intenable ! Je sors m'aérer un dernier coup.
C'est joli dehors. Pas d'aurore car c'est couvert, mais la Lune fait un beau halo de lumière. Je retourne à l'intérieur pour prendre mon appareil photo, mais il est trempé de condensation. Tant pis ! Au lit !
La chaleur est insupportable. On leur a demandé si on pouvait ouvrir un petit moment, mais ils ont refermé au bout de cinq minutes en disant qu'il faisait froid... Un des allemands craque et prend son sac de couchage pour aller dormir dehors. Je me couche avec mon duvet à mes pieds, pour le tirer lorsque la fraicheur me réveillera pendant la nuit.

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