Étape 3 : de Kuonjarjoki à Meekonjärvi

Le 10/04/2025

Nous ne sommes pas seuls

Une fois de plus, je me réveille très tôt. Il faut dire qu'avec la fatigue, le soir, quand je me couche, je m'endors quasi instantanément. Et le matin, c'est rapidement très lumineux, avec la neige qui reflète les premiers rayons du soleil.

Je démarre ma journée par un petit tour dehors, pour prendre l'air. Et puis heu... aussi parce que les toilettes sont à l'extérieur, au passage.

Juste derrière la cabane, je tombe sur des empreintes de lièvre relativement fraiches. "Relativement", car elles paraissent déjà bien vieilles, mais le fait qu'elles soient visible malgré le vent qui efface tout sur son passage, montre qu'elles sont récentes.

Un tout petit peu plus loin, je tombe sur celles du renard qui suivait sa trace.

Il y a donc bel et bien de la vie par endroits. Malheureusement, je ne verrai pas leurs propriétaires.

Le vent est déjà bien fort ce matin. Le refuge se trouve au croisement de deux vallées, alors forcément, l'air circule. Bien qu'il m'ennuie et qu'il me rende la vie plus difficile, je commence à voir en lui un bon allié pour la photo. La neige qu'il soulève et qui se fait éclairer par le soleil levant, ne me laisse pas indifférent.

Il y a un petit air d'Arrakis, de la saga Dune, pour ceux qui connaissent.

Je retourne à la cabane m'attaquer à mon petit déjeuner.

Une fois l'estomac et mes thermos bien remplis, il est temps de s'attaquer au chargement de la pulka. Le groupe de sept se prépare aussi. Il y a beaucoup de remue-ménage devant l'entrée de la cabane. Je les laisse terminer pour être plus tranquille ensuite. Ils s'en vont et me précèdent d'une vingtaine de minutes.

Un guide en motoneige arrive au moment où je pars. Il s'arrête pour montrer je ne sais pas trop quoi à ses deux clients. On discute un peu. Il me dit que je devrais aller voir la cabane de Porojärvi. Elle est hors de la trace principale pour aller au Halti et c'est très joli là-bas d'après lui. Il me dit aussi qu'à Pitsusjärvi, la cabane où je serai dans un jour ou deux si tout va bien, il y a des terriers de renard. Je le remercie pour ces conseils et je me mets en route.

Tout droit !

Entre les motoneiges et le groupe de sept qui sont passés avant, la trace est bien tassée. C'est une grande ligne droite, ça file assez vite. Il fait beau, le ciel est parfaitement dégagé.

Le vent se calme enfin et ça ne me ronfle plus dans les oreilles. Houra ! Ça fait du bien. Malheureusement, mon répit n'aura été que de courte durée. En arrivant au bout de la ligne droite, le vent profite du changement de relief, avec le mont Gahperusvárri, pour faire son grand retour en force.

Je trouve une certaine beauté dans ces vaguelettes qu'il créé dans la neige, avec ce "sucre glace" qui glisse dessus. Je tente d'en faire quelque chose en photo, mais malheureusement, ça ne rend pas comme je l'espérais.

Je n'ai que mes petits gants en laine. Ça ne suffit pas. Le vent perce. Le froid commence à mordre mes doigts. Il est temps de passer à plus épais. J'envisage les moufles, mais non, pour le moment, je vais m'en tenir aux gros gants. Je ne m'attarde pas à faire mes photos. Tant pis si c'est raté. Il faut que je me réchauffe, surtout les mains.

En basculant de l'autre côté du relief, je découvre un paysage bien différent de celui que j'ai eu ces deux derniers jours. J'aperçois plein de végétation au loin. Chouette ! Il doit sûrement y avoir un peu plus de vie ici !

Sur ma droite se trouve la petite montagne de Saivaara. Vue par le côté, je lui trouve un petit air de Mont Aiguille, dans le Vercors, pour les connaisseurs.

Bon ... ok ... de face ... beaucoup moins. Mais on se rattache à ce qu'on peut hein !

J'aperçois la cabane en contrebas. Je me rends compte que j'ai avancé tellement vite, que j'en ai oublié de manger. Pas grave, je ferai ça quand je serai en bas.

Meekonjärvi

J'arrive à la cabane de Meekonjärvi vers 13h. Le groupe de sept est encore là. Ils se préparent à repartir. Cette fois-ci, c'est moi qui profite de leur feu. On est quitte.

Je m'installe pour prendre mon repas. Je ne sais pas trop quoi faire ensuite. Il est tôt, mais la prochaine cabane est à 10km. Ça me fait beaucoup alors que je suis déjà bien fatigué.

Deux finlandais arrivent. Deux frères. Mais d'où ils sortent ? Ils me disent qu'ils arrivent de Saarijärvi. Ok, donc en une matinée, ils ont fait deux étapes. Des fusées les gars ! Ils prennent leur repas en quatrième vitesse, puis repartent en direction de la cabane suivante. Ils me disent que deux polonaises avec qui ils étaient la veille devraient dormir ici ce soir, mais qu'elles sont encore loin.

Bon ... moi je n'ai pas le jus de faire 10km. J'ai la flemme de poser la tente alors que ça souffle encore fort. Je crois que je vais rester à la cabane et explorer un peu les environs, lire, me reposer. Je commence à y prendre goût à ces cabanes. J'accepte petit à petit que mon aventure soit moins une aventure que ce que j'avais prévu.

Je profite de mon temps libre pour faire du petit bois pour le feu. Je n'ai pas de hache, mais je me débrouille avec mon couteau et une bûche, comme j'avais appris à le faire lors d'un stage dans le Vercors.

Je me promène, en espérant trouver de la faune. Mais à part plein de traces de lièvre vers les cabanes réservables (qui sont un peu plus loin), je ne vois pas grand chose. Il faut dire que ça souffle fort, alors les animaux doivent probablement se tenir à l'abri.

J'ai des difficultés à trouver le point d'eau, mais je finis par repérer un piquet suspect au détour d'une promenade. Ah ! C'est bien là ! Et je vais essayer de ne pas passer à travers cette fois-ci, parce qu'il y a du courant.

Alors que je suis plongé dans mon bouquin, j'entends du bruit dehors. Deux groupes arrivent. Tous finlandais. Un groupe de trois jeunes gars, puis un couple d'à peu près mon âge. Ils sont plus courageux que moi et plantent leurs tentes dans le vent. Les deux polonaises arrivent un peu plus tard. Elles sont hésitantes, mais décident finalement de dormir à l'intérieur.

Je refais une petite promenade dehors. Mais le vent a encore forci et c'est trop désagréable. Je rentre.

Je m'occupe de soigner mon ampoule, parce que ma "réparation" n'a pas tenu et j'ai à nouveau tout arraché. J'en ai même une nouvelle juste en dessous. Génial ! La nouvelle n'est pas écorchée. Je fais donc la technique d'injecter de l'éosine à l'aide d'une seringue, après en avoir vidé le liquide. C'est pénible à faire, mais c'est radical. Et évidemment, l'éosine, j'en mets de partout... Pas de quoi se laver correctement les mains correctement. Me voilà bon pour avoir les doigts roses pendant quelques jours. Quoique ... le gel hydroalcoolique a l'air assez efficace pour la faire partir. Une des polonaises a l'air vexée que je refuse le pansement Compeed qu'elle me propose. C'est gentil mais non merci ! Je me suis bien arraché les pieds avec ça sur la Kungsleden en 2020.

Le couple nous a rejoint à l'intérieur pour prendre leur repas. Ils nous surprennent en se faisant chauffer une pizza surgelée sur le poêle. J'avoue qu'après ça, je regarde mon sachet de lyophilisé différemment. Ils sont bien sympa en tout cas, on discute bien.

La soirée se terminera par une petite observation des aurores dehors. Mais pas de quoi fouetter un chat. Les polonaises sont parties se coucher. Je n'ai pas envie de les déranger en rentrant, alors j'en fais de même.

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faut pas croire ce que disent les journaux